En attendant la Mostra


Arrivée en fin d’après midi, impression bien sur saisissante de la ville, qui s’allonge sous les pas du promeneur à mesure des ruelles où l’on s’enfonce pour trouver l’appartement loué pour la Mostra. Et un quatrième rédacteur de la revue, Alyosha Saari, se joint finalement à l’aventure.

Le soleil se couche sur le Lido alors qu’on débarque au Palais des festivals pour chercher les accréditations, vieux batiment datant encore de l’époque fasciste: plafonds de quinze mètres de haut, dorures partout dans la salle presse, conférences de presse installé dans une salle de jeu spectaculaire (car nous sommes dans un ancien casino). La Mostra, festival expérimental et anarchique nous a-t-on dit. Effectivement, les films ne sont parfois pas au bon format, projetés sous chapiteau ou dans des salles faisant plus penser à de grands gymnases.. mais on a le plaisir de gouter à un festival beaucoup plus à taille humaine que Cannes (cinq fois moins de personnes le long de la promenade qui mène du Movie Village à l’hotel Excelsior), ou à la vision de valeria Golino qui fait tranquille du vélo le long de la plage: chaleur écrasante, short et tongues pour tous, et une mer très chaude meme si les baigneurs ne s’y risquent pas, car les méduses guettent (on a tenté la baignade, remerciés immédiatement par une piqure à la jambe). Un communiqué annonce qu’un nouveau Palais, promis depuis trente ans, sera pret pour 2011, avec une grande salle de 2 700 sièges modernissime . On préfère déja l’ancien, cadre désuet mais romanesque.

La sélection aura fait couler pas mal de (mauvaise) encre cette année:

http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/28/la-65e-mostra-suscite-la-curiosite_1088916_0.html

On jugera sur pièces à partir de demain, avec le premier film d’ouverture, celui des Coen.

Mikael

Parce que qui dit cinéma italien dit Anna Magnani, on signale une rétrospective organisée par l’Institut Culturel Italien à Paris à partir du 22 septembre, sur la grande actrice italienne:

http://www.iicparigi.esteri.it/IIC_Parigi/webform/SchedaEvento.aspx?id=185

Certains films seront repris en octobre au cinéma Le Latina à Paris. Jolie initiative de l’Institut Culturel Italien, à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de la Magnani (dont on avait récemment vu un superbe portrait à l’exposition Richard Avedon au Jeu de Paume), qui nous avait déjà montré des documentaires intéressants l’an dernier (notamment sur Vittorio de Seta et Marcello Mastroianni).

Mikael

Vu la médiocrité des films “attendus” de l’été (Wall E, The dark knight), le spectateur aoutien s’accroche à un autre horizon: celui des festivals. C’est d’abord Locarno qui propose une intégrale Nanni Moretti, dont on attend les contrecoups parisiens, puisqu’un livre d’entretiens édité par les Cahiers du Cinéma, et un double DVD “La messe est finie/ Bianca” viendront célébrer à la rentrée le cinéaste italien. Locarno dont son actuel directeur Frédéric Maire dit cette semaine dans Libération qu’il est “un festival à côté, à part, volontairement différent… Locarno est rebelle, expérimentale, polémique, exploratoire… animée par la volonté historique d’être un laboratoire pour la découverte”.

“Expérimentale” est aussi, de réputation, la sélection de la Mostra. C’est un peu le sentiment éprouvé à la lecture des films retenus. “Confusion” serait peut être plus juste: je ne suis pas allé à Cannes cette année, mais depuis Paris la sélection cannoise 2008 me semblait être la plus riche de la décennie 2000. La sélection vénitienne, elle, s’annonce plus nébuleuse, moins touffue; moins clinquante mais moins attrayante aussi. On ira cependant regarder du côté du cinéma italien. Sorti cette semaine, “Gomorra” ne manque pas de défauts, mais il augure de lendemains possibles, de promesses dont espère voir les prolongements lors du festival.

Mikael

Ca y est, la sélection officielle de Venise est tombée, la parole est donnée aux prosélytes et mauvaises langues. Nos trois rédacteurs de Stardust accrédités pour la Mostra viennent donc de découvrir les noms des films qu’ils rencontreront sur leur passage au Lido cette année. Et au premier regard, l’adage voulant qu’au festival de Cannes on voit des films, et au festival de Venise on visite la ville, risque de prendre tout son sens cette année.

Je n’irai pas jusqu’à dire que le plus intéressant du cru 2008 seront les classiques du cinéma italien dont la Cinémathèque nationale va projeter de nouvelles copies , mais presque: on y verra “Le cheikh blanc” de Fellini, deux films de ce cher Vittorio Caprioli, un docu sur Rossellini et un autre sur “Le Casanova” de Fellini, “A new world” de De Sica, ou encore la rareté “O Grandmother’s dead” de Monicelli (1969) après l’exceptionnelle rétrospective du réalisateur cette année à la Cinémathèque.

Que dire de “Orizzonti”, le Certain Regard italien? On y verra le nouveau Des Pallières, une odyssée attirante de 2h30, le nouveau Philippe Grandrieux, deux films philippins -cinématographie décidément dynamique-, le nouveau Avi Mograbi, et quelques docus italiens dont l’un sur Antonioni. Cette présence d’un cinéma français exigeant, anticonformiste dans cette section, est à compléter par d’autres films présents hors competition: la vieille Varda, un Kiarostami avec la Binoche, le Claire Denis (mouais) et le nouveau Fabrice Du Welz qu’on attend avec curiosité. On passera rapidement sur le programme de la Quinzaine vénitienne, Venice Days, puisqu’on ne connaît tout simplement aucun des participants retenus.

En compétition, outre l’absence de cadors attendus (Van Sant, Lee, Jarmusch, Lurhmann ne seront pas là: décevant, forcément décevant), l’excellente surprise vient de Aronofsky, présent avec son “Wrestler” – j’ai eu l’occasion de lire le scénario, une grande grande série B se profile à l’horizon, je ne vous dis que ça. Pour la France Schroeter et Schroeder seront dans la place, ainsi que le tandem Bernard/ Trividic dont on attend assez “L’autre”, ce qui est beaucoup moins le cas du Tariq Teguia dont tout le monde avait complètement surestimé le “Rome plutôt que vous” cette année, pénible et creux. L’Italie sera assez massivement présente, ce qui est une bonne nouvelle au regard de la crise du jeune cinéma et des financements d’un cinéma neuf et audacieux là-bas – la moins bonne nouvelle étant que les représentants les plus flamboyants du pays, Sorrentino et Garrone, ont déjà été récupérés par Cannes. Quand aux USA, on regardera d’un oeil plutôt morne les venues de Guillermo Arriaga, Kathryn Bigelow, Jonathan Demme, mais attendons de voir leur livraison. Les fans d’animation -on en a un au moins à la rédaction de Stardust- se consoleront comme ils peuvent avec les aventures de synthèse des très attendus nouveaux films de Oshii et Myazaki. Personnellement, je mets mes billes sur deux films: le nouveau Takeshi Kitano, dont le tétanisant “Glory to the filmmaker!” amènera probablement le cinéaste à opérer un virage déconcertant, qu’il aille vers l’épure ou la radicalité – et le deuxième volet de la trilogie du turc Kaplanoglu, dont on avait beaucoup aimé la touche douce et jolie dans “Oeuf” cette année.

Commenter une sélection est travail bien ingrat, voire inutile, mais il peut prendre un sens neuf lorsqu’on se relit à la fin du festival, après un trajet de dix jours à travers les films qu’on attendait, qu’on espérait, qu’on craignait, et que, d’une certaine façon, on s’était un peu faits dans la tête. Terminons là-dessus:a priori la sélection est faible cette année, car les films ne viennent pas précédés d’une aura comme c’était le cas en 2008 pour quasiment chacun des films montrés en compétition à Cannes. Aubaine? Malédiction? Attendons d’ailleurs que le festival ne commence pour s’assurer que, au dernier moment, Marco Müller ne vienne pas rajouter de film comme l’avait fait Frémeaux avec le James Gray et le Meirelles. Les rêves et les paris les plus fous restent ouverts.

Mikael

Du 27 août au 07 septembre, à l’occasion de la 65ème Mostra de Venise et pour la première fois, Stardust Memories va livrer quotidiennement ses impressions sur le festival, ses points de vue, ses opinons à travers un blog, ce blog.

A très bientôt,

L”équipe vénitienne de Stardust Memories.

Mikaël Gaudin-Lech, Florence Maillard, Daniel Dos Santos