
Ca y est, la sélection officielle de Venise est tombée, la parole est donnée aux prosélytes et mauvaises langues. Nos trois rédacteurs de Stardust accrédités pour la Mostra viennent donc de découvrir les noms des films qu’ils rencontreront sur leur passage au Lido cette année. Et au premier regard, l’adage voulant qu’au festival de Cannes on voit des films, et au festival de Venise on visite la ville, risque de prendre tout son sens cette année.
Je n’irai pas jusqu’à dire que le plus intéressant du cru 2008 seront les classiques du cinéma italien dont la Cinémathèque nationale va projeter de nouvelles copies , mais presque: on y verra “Le cheikh blanc” de Fellini, deux films de ce cher Vittorio Caprioli, un docu sur Rossellini et un autre sur “Le Casanova” de Fellini, “A new world” de De Sica, ou encore la rareté “O Grandmother’s dead” de Monicelli (1969) après l’exceptionnelle rétrospective du réalisateur cette année à la Cinémathèque.
Que dire de “Orizzonti”, le Certain Regard italien? On y verra le nouveau Des Pallières, une odyssée attirante de 2h30, le nouveau Philippe Grandrieux, deux films philippins -cinématographie décidément dynamique-, le nouveau Avi Mograbi, et quelques docus italiens dont l’un sur Antonioni. Cette présence d’un cinéma français exigeant, anticonformiste dans cette section, est à compléter par d’autres films présents hors competition: la vieille Varda, un Kiarostami avec la Binoche, le Claire Denis (mouais) et le nouveau Fabrice Du Welz qu’on attend avec curiosité. On passera rapidement sur le programme de la Quinzaine vénitienne, Venice Days, puisqu’on ne connaît tout simplement aucun des participants retenus.
En compétition, outre l’absence de cadors attendus (Van Sant, Lee, Jarmusch, Lurhmann ne seront pas là: décevant, forcément décevant), l’excellente surprise vient de Aronofsky, présent avec son “Wrestler” – j’ai eu l’occasion de lire le scénario, une grande grande série B se profile à l’horizon, je ne vous dis que ça. Pour la France Schroeter et Schroeder seront dans la place, ainsi que le tandem Bernard/ Trividic dont on attend assez “L’autre”, ce qui est beaucoup moins le cas du Tariq Teguia dont tout le monde avait complètement surestimé le “Rome plutôt que vous” cette année, pénible et creux. L’Italie sera assez massivement présente, ce qui est une bonne nouvelle au regard de la crise du jeune cinéma et des financements d’un cinéma neuf et audacieux là-bas – la moins bonne nouvelle étant que les représentants les plus flamboyants du pays, Sorrentino et Garrone, ont déjà été récupérés par Cannes. Quand aux USA, on regardera d’un oeil plutôt morne les venues de Guillermo Arriaga, Kathryn Bigelow, Jonathan Demme, mais attendons de voir leur livraison. Les fans d’animation -on en a un au moins à la rédaction de Stardust- se consoleront comme ils peuvent avec les aventures de synthèse des très attendus nouveaux films de Oshii et Myazaki. Personnellement, je mets mes billes sur deux films: le nouveau Takeshi Kitano, dont le tétanisant “Glory to the filmmaker!” amènera probablement le cinéaste à opérer un virage déconcertant, qu’il aille vers l’épure ou la radicalité – et le deuxième volet de la trilogie du turc Kaplanoglu, dont on avait beaucoup aimé la touche douce et jolie dans “Oeuf” cette année.
Commenter une sélection est travail bien ingrat, voire inutile, mais il peut prendre un sens neuf lorsqu’on se relit à la fin du festival, après un trajet de dix jours à travers les films qu’on attendait, qu’on espérait, qu’on craignait, et que, d’une certaine façon, on s’était un peu faits dans la tête. Terminons là-dessus:a priori la sélection est faible cette année, car les films ne viennent pas précédés d’une aura comme c’était le cas en 2008 pour quasiment chacun des films montrés en compétition à Cannes. Aubaine? Malédiction? Attendons d’ailleurs que le festival ne commence pour s’assurer que, au dernier moment, Marco Müller ne vienne pas rajouter de film comme l’avait fait Frémeaux avec le James Gray et le Meirelles. Les rêves et les paris les plus fous restent ouverts.
Mikael