JOUR 2


La plaine brulante (titre français possible, qui sait ?), premier film de Guillermo Arriaga, tourne autour du feu. Mais il s’agit d’un feu bien réel concret et non d’un feu intérieur. On peut se bruler par amour, mais finalement ne laisser transparaitre aucune passion. Exemple: lorsque Kim Basinger veut voir son amant, elle prétexte sans cesse qu’elle va faire ses courses routinères. Mais si on a du mal à la croire, ce n’est pas tant qu’un désir et une excitation intérieure particulière se devinent, ce n’est pas que Kim est ambigue, c’est au contraire parce qu’elle n’arrive à convaincre de rien (ce qui est le contraire meme de l’ambiguité). Evidement, il faut ajouter à cela le fait qu’elle parte à toute heure de la nuit et du jour faire des courses qu’elle ne ramène d’ailleurs jamais. Cette absurdité ridicule (et qui n’éveille les soupçons de personne) complète l’obsession étrange de son fils pour des pigeons ou autres oiseaux : dès qu’il voit un oiseau, et ceci ou qu’il se trouve, celui-ci sort sa fronde (tel un Bart Simpson mexicain en puissance) , tue l’animal et en fait un barbecue, une fois de plus à toute heure du jour et de la nuit. Détails amusants certes mais qui ne plongent pas le film du coté de l’ironie. Ici, toutes les allegories scénaristique cachent mal la vacuité de la mise en scène. On en vient à penser que le principal défaut des films d’Innaritu, c’est Arriaga. Les deux hommes ne semblent d’ailleurs plus en très bon termes. Tant mieux pour Innaritu.

Independemment de l’influence du plus grand nombre (la presse française détestant à priori le cinéma d’Arriaga, gardant jalousement pour eux leurs raisons derrière d’insensés clichés qui relèvent surtout de l’impressionisme; la presse anglo-saxone voyant de très loin  un potentiel Lion d’Or avec The Burning plain, s’appuyant sur les memes inepties), le film ne mérite certainement pas son attrait démesuré et paradoxal, certes. Mais soyons réalistes, il reste d’une cohérence qu’on retrouvera sans doute peu au long de ce festival et possède une certaine sensibilité, authentique. Il faudrait néanmoins passer outre un scénario (évidemment) manipulateur à l’excès pour l’apprécier. Et ceci est impossible. Malheureusement, le paradoxe de la forme (structure) éclipse le fond (déjà peu original) pour former un tout horriblement commun meme si pas inintéressant.

DDS

Petite journée. Attaqués par les moustiques et la fatigue, on voit moins de films. Le rythme sur le Lido invite à la paresse de toute façon, beaucoup plus que la Croisette.

Z 32,  le nouveau documentaire de l’israélien Avi Mograbi, dans la section Orizzonti, est une expérience intéressante et, sur la longueur, meme très forte sur l’image, qu’on pourrait pourquoi pas ranger, à sa manière secrète et minimaliste, auprès d’oeuvres comme Fahrenheit 9/11 ou Valse avec Bashir. Un jeune soldat raconte, sous une identité masquée par des caches numériques, un évènement qu’il a commis quelques années avant. Il est confronté au point de vue de sa petite amie, jeune femme charismatique et attachante. Si parfois Mograbi semble manquer de cohérence et de tenue dans la forme de son film, son propos se déplace vers les relations hommes/femmes, pour tourner autour de la question de la confession, l’aveu. Les dernières secondes du film font parler une émotion étranglée, profonde.

Véritable arnaque, The burning plain du scénariste Guillermo Arriaga montre deux histoires psychologiques pouvant sortir d’un épisode de “Femmes en détresse” sur M6, portées par Charlize Theron et Kim Basinger aussi pénibles l’une que l’autre.  Cinéma Benetton sur le modèle d’Inarritu (sans le brio) avec gentils mexicains et petits blancs dont le passé excuse toujours toutes les fautes, qui veut tellement plaire à tout le monde et finit par ne plaire à personne. Ennui terrible au milieu d’une salle pourtant bondée. Pressentiment que la sélection américaine 2008 ressemble bien à du raclage de fonds de tiroirs (Demme, Bigelow sont attendus la semaine prochaine).

Demain, deux interviews sont prévues: Takeshi Kitano et Avi Mograbi.

Mikael