Meme si l’on ressort de chaque nouvelle séance avec de nouvelles piquures de moustiques qui apparaissent presque magiquement, un rythme s’installe, et Venise semble prendre sa vitesse de croisière. On s’habitue aussi à l’architecture imposante du Palazzo Casino, palais du festival où sont écrites chaque jour ces quelques lignes, construit par les fascistes avec un certain sens de la rigueur et de la démesure qui ici fait mouche: hauteurs de plafond invraisemblables, parquets dorés, raides tentures, marbres unis, et une merveilleuse collection de lustres et appliques Art Deco font l’ordinaire de nos périgrinations dans cet ancien casino.
Aleas parfois heureux d’un festival, manquer une séance complète (anarchie totale d’une file d’attente qui se décompose et se reforme ailleurs en d’incompréhensibles mouvements de foule et vous laisse sur le carreau), en l’occurrence celle du Claire Denis que nous verrons donc demain, peut vous amener à voir finalement tout autre chose, et pas forcément pour le pire. Il y a tant de choses à voir qu’il est bon parfois de se laisser porter par les hasards, voire guider par la chance. Toh, è morte la nonna, de Mario Monicelli, fut projeté triomphalement aujourd’hui, en présence du cinéaste et devant un public très majoritairement italien qui ne bouda pas son plaisir. Farce macabre et satire stylisée qui voit un petit-fils maoiste devenir malgré lui le patron de l’entreprise familiale après la disparition consécutive de tous les autres héritiers potentiels, avec la complicité post-mortem d’une grand-mère facétieuse, quoique morte, le film démarre en trombe avec une fausse publicité hilarante (l’entreprise en question est une marque d’insecticide), et bénéficie d’une réalisation vive, d’un technicolor chatoyant, de décors et de costumes hallucinants dans le ton outré des années soixante finissantes (le film est de 69). Sans doute pas le meilleur film de son auteur, reposant sur un principe de répétition un peu convenu et s’essoufflant dans la durée, Toh, è morte la nonna reste une très bonne surprise qui délasse l’esprit, avant de replonger dans le foisonnement inégal des films sélectionnés et son chaud-froid permanent.
En l’occurrence, aujourd’hui les projections font oublier la pauvre journée d’hier, où nous ne vimes que The Burning Plain. Vu ce matin, Z32 d’Avi Mograbi se révéla un drole d’objet, intéressant sur le fond et la forme. Nous en reparlerons demain, ainsi que de L’Autre, de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, que nous voyons ce soir, et qui suivra certainement une meme pente expérimentale. Venise, suite de plaisirs!
Florence

