
Il est temps de parler d’une des préoccupations majeures des festivaliers et journalistes: les fetes. D’avis général, Venise est bien moins propice que Cannes pour cela, “le lieu ne s’y prete pas vraiment” nous confie l’attaché de presse André-Paul Ricci. En effet, c’est sur l’ile voisine de San Servolo que les choses se passaient samedi soir, à l’occasion de la soirée d’ouverture de Circuito Off, la compétition internationale de court-métrages de Venise. Les lieux étaient pris d’assaut par de jeunes étudiants italiens (le festival a lieu dans les locaux d’une université) jusque tard dans la nuit. Boire ou voir, le festivalier doit choisir, et les quelques heures de sommeil ensuite rattrapées à l’appartement nous ont fait rater Toh et morte la nonna, un vieux Monicelli qui passait dimanche matin.
Petite provocation de sélectionneur, L’autre de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic, deuxième film des auteurs, était montré en compétition, contrairement au nouveau Claire Denis, 35 rhums. Malgré tout le talent qu’ils peuvent avoir dans leurs domaines respectifs, Mario et Trividic semblent incapables de réaliser un film qui ne donne pas envie au spectateur de sortir se taper une glace ou un tramezzino. L’autre s’attache aux basques d’une blonde Dominique Blanc, filmée à coups de gros plans tremblés sur fond de centres commerciaux, autoroutes lugubres et sombres appartements. Ici, la photo est dégeulasse, la poésie bon marché, et tous les personnages empreints d’une douleur aussi secrète que soporifique. Tout à l’opposé se situe 35 rhums, l’excellente surprise que nous a réservé Claire Denis. Porté par un Alex Descas remarquable, et une musique enveloppante des Tindersticks, le film joue en mineur, suivant une ligne claire, subtile et sourde, toujours merveilleusement attentif et généreux. Claire Denis, aidée par les cadres précis d’Agnès Godard, réussit à la perfection les séquences musicales qui viennent révéler quelque chose de l’intériorité des personnages. Ici, c’est une danse nocturne dans un café parisien, et c’est très beau. Avec le Kitano et le Mograbi, troisième coup de coeur depuis le début du festival.
Rater la séance du Miyazaki, complète une heure et demie avant la projection, nous a donné l’occasion d’aller voir du coté des sélections parallèles. C’est d’abord A country teacher, film tchèque, présenté dans la section Venice Days et qui sera distribué en France par Wild Bunch. L’atmosphère de cette histoire campagnarde rappelle un peu les pièces de Tchekhov, et le réalisateur Bohdan Slama filme dans de longs plans-séquences des personnages attachants. Certaines scènes musicales, comme celle de la fete villageoise, valent le détour, meme si l’ensemble manque d’une certaine hauteur de vue, à la manière de récents films roumains par exemple. Musical aussi, l’OVNI malaisien Sell out!, vu à la Semaine de la Critique en raison du très bon buzz qui précédait la projection. Il s’agit d’une comédie très appréciée, très amateure parfois aussi dans sa facture: on y parle un peu de télé-réalité et de rapports de pouvoir en entreprise, toujours de façon très marrante, avec de grosses audaces dans le ton et la forme, et des séquences chantées parfois épatantes. A sa manière, cette séance du soir était aussi mémorable que notre cher Inju il y a quelques jours. Bonne pioche.
Mikael