JOUR 6


Le bruit court depuis le départ du festival: la sélection de cette année, comme on l’avait pressenti depuis Paris, ne convainct pas grand monde. Chacun y va de son commentaire et son analyse.

Un des faits marquants est la grande faiblesse des films italiens projetés en compétition: la projection hier soir de Il seme della discordia, d’une imbécile vulgarité, interroge: comment un film pareil peut atteindre une sélection à Venise?

On ajoutera qu’on a pour l’instant raté deux films de la compétition (peut etre que le palmarès de demain va permettre de les rattraper) très populaires parmi les festivaliers: le Ponyo de Miyazaki et Teza.

La série noire continuait en effet depuis deux jours, entrecoupées de brèves éclaircies. Ainsi du documentaire agréable Les plages d’Agnès de Varda ou encore du Hurt locker de Kathryn Bigelow. Mais en y pensant bien, ces deux films manquent de sève, de vraie ambition finalement: leur horizon est étriqué, ils manquent d’une vraie profondeur, bref d’un vrai sens du cinéma. Ce sens du cinéma qui faisait cruellement défaut au Inland de Tariq Teguia, creux, rabougri. Idem pour Philippe Grandrieux qui avec Un lac utilise à nouveau un langage filmique maintenant identifiable (longue focale, sous exposition, gros plans tremblés), mais s’éloigne toujours plus du cinéma pour se rapprocher de la seul pose arty. Un projet comme Shirin, de Kiarostami, malgré sa radicalité rugueuse, va vers le monde, les gens, les visages, l’ouverture, là où le cinéma de Grandrieux n’est que fermeture, cloture et décrépitude autiste.

Un documentaire (décidément, après le beau film de Mograbi, c’est le documentaire qui semble se porter le mieux à Venise) vu hier soir à la Semaine de la Critique, L’apprenti, illumine le reste par sa beauté tranquille, et surtout un ton rare que cet ex-étudiant en image à la Fémis a su parfaitement trouver. Samuel Collardey a réussit un projet intéressant à plus d’un titre. On pourrait écrire des pages sur les limites entre docu et fiction qui sont ici entremelées, puisque c’est à la mode, mais on se contentera de saluer le talent et la finesse de ce beau travail.

Mikael

On arrive à la mi-festival et l’absence de “posts” sur ce blog depuis trois jours veut aussi dire une chose: pas grand chose à dire sur ces films du milieu de festival, bien ternes par rapport à ce qu’on a pu voir les premiers jours. Dans ces cas-là, boire pour oublier est un remède. On s’y est apppliqués, d’abord dans un endroit secret à l’écart de la Mostra, loué par le festival Biografilm de Bologne,  havre de paix ou les cocktails sont gratuits et servis à volonté tous les soirs. Ensuite sur l’ile de San Servolo, ou on a bu des coups avant-hier avec l’acteur, l’actrice et le réalisateur de “Sell out!” (sympathique comédie malaisienne refusée à Cannes et à Toronto). Enfin hier soir près du Rialto, où se tient en ce moment la Festa della Liberazione, rassemblement de gauche où pas mal de jeunes se retrouvent. Du coup, on a raté un petit paquet de films qu’on avait prévu d’aller voir (“Une nuit de chien” de Schroeter, “Parc” d’Arnaud des Pallières, le film russe en compétition filmé en gros plans “Paper soldier”, et surtout le finlandais “The visitor” dont on a eu de très bons échos).

Pour le reste, il faut avouer qu’on finit par quitter la salle à la moitié des films tellement c’est désolant. Ca commence avec “Il papa di Giovanna”, guimauve italienne en compétition, de Pupi Avati, une sorte de Lelouch italien, assommant de conformisme. Ennui encore devant “Voy a explotar”, cavale adolescente mexicaine puérile et fatigante. Jusqu’à “Rachel getting married” ce matin, terriblement bavard et sans ambition, signé par un Jonathan Demme qui semble décidément avoir jeté l’éponge.

Le problème se reproduit avec les films qu’on attendait plus ou moins au tournant. Ainsi avec ”The sky crawlers” de Mamoru Oshii: un souci évident de stylisation et de poésie, mais une histoire bancale et appliquée, une animation paresseuse, des personnages sans ame. Quand à “Milk” du réalisateur Semih Kaplanoglu, qu’on a eu l’occasion d’interviewer hier et qui se révèle par ailleurs etre un artiste de qualité (on se rappelle avoir beaucoup aimé “Yumurta” l’an dernier), c’est un film à belles images décevant qui n’arrive pas à embarquer tout à fait le spectateur dans sa narration et les quetes de ses personnages.

Sale temps pour les films donc. Les filles, elles, sont toujours magnifiques dans les rues, et un des grands avantages de la Mostra sur les autres festivals, c’est quand meme les vénitiennes.

Mikael